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Independent4.5
Chor Leoni : This Air | This Earth
Tina Chang, piano; Jonathan Lo, violoncelle; Vivian Chen, harpe; Julia Nolan, saxophone; Chor Leoni; Erick Lichte, chef
Independent, 2025
Le dernier album du chœur de Vancouver Chor Leoni présente deux œuvres majeures commandées par l’ensemble. S’ouvrant sur High Flight, œuvre en six mouvements du compositeur canadien Don Macdonald, l’album explore la vie et la mort en accordant une attention particulière à l’héritage matériel et immatériel. Ce thème est approfondi par Melissa Dunphy dans The Things We Leave Behind, qui capture des instantanés de la vie des gens à travers les objets qu’ils laissent derrière eux après leur décès.
La grande réussite de l’album réside dans la cohérence de son message : les deux œuvres semblent se prolonger l’une l’autre, illustrant à quel point notre impact peut continuer d’inspirer les vivants. Ceci est illustré dans High Flight, poème dans lequel le soldat de l’Aviation royale canadienne et poète John Gillespie Magee Jr. évoque sa jeunesse, son expérience de pilote et les réalités de la guerre. Écrit seulement trois mois avant sa mort dans une collision en mission d’entraînement, il est l’œuvre la plus célèbre de Magee. Le compositeur Macdonald explique sur son site web personnel avoir choisi de mettre en musique ce poème en guise d’« épitaphe » pour Magee et d’innombrables autres aviateurs disparus prématurément.
The Things We Leave Behind se présente comme un recueil de nouvelles. Chaque mouvement est consacré à un objet matériel différent laissé derrière soi : une poupée, des dépôts sédimentaires, une bague de fiançailles. À travers ces différents scénarios, Dunphy démontre que personne ne mène une vie invisible. Au contraire, nous modifions notre environnement chaque jour que nous passons sur cette terre.
Le premier mouvement, A Day in Eternity, s’ouvre sur un morceau instrumental interprété par la pianiste Tina Chang et le violoncelliste Jonathan Lo. Les notes douces et mélancoliques laissent place à une mélodie légèrement plus optimiste lorsque les voix du Chor Leoni, dirigé par Erick Lichte, se joignent à la fête. L’harmonie des voix, du piano et du violoncelle donne à l’auditeur l’impression d’être emporté par le vent, au gré de ses rafales et de ses accalmies.
Les deux premières chansons, d’une grande beauté et d’une grande délicatesse, semblent refléter l’innocence de Magee dans sa jeunesse. La troisième, avec son intensité dramatique, devient inquiétante et presque menaçante lorsque le chœur prononce les mots « La mort arrive vite et froide ». C’est la fin de ce dernier chant qui m’a le plus marquée : les voix du chœur résonnent avec force avant de s’éteindre progressivement, ne laissant place qu’au piano, dont les notes descendent lentement vers le silence.
Chang, Lo et le Chor Leoni l’interprètent avec grâce, maîtrisant aussi bien les passages calmes que les passages animés. Battle, qui évoque la panique et les brefs répits des combats, permet aux musiciens de démontrer leur capacité de naviguer dans des émotions complexes. Le piano lourd et les notes décousues des cordes en arrière-plan contribuent à l’atmosphère angoissante du morceau. Parallèlement, les chanteurs répètent certains mots et expressions, les ancrant profondément dans l’esprit de l’auditeur : « J’ai combattu pour la gloire », « rien », « la mort », « trop tôt ». Ensemble, les musiciens soulignent la nature dévastatrice et tragique de la guerre.
Plus tôt cette année, j’ai eu le plaisir d’entendre Chor Leoni interpréter The Things We Leave Behind en direct dans le cadre de son événement choral communautaire « The Big Roar ». L’écoute de la version enregistrée m’a rappelé ce que j’appréciais dans cette œuvre : son humour naturel, sa sonorité parfois jazzy et la finesse de son récit.
The Ledger m’a particulièrement marquée pour ces raisons. Le morceau s’ouvre sur un solo de saxophone de Julia Nolan, à la fois captivant et divertissant. Les notes déferlent par vagues inattendues, puis la harpiste Vivian Chen s’y joint soudainement. Les sonorités graves et rythmées de Chor Leoni, avant même le début de leurs couplets, soulignent la spontanéité du saxophone. Dans ce mouvement, Dunphy explique comment l’accumulation de sédiments nous renseigne sur les climats passés, les événements géologiques et les traces de vie ancienne. L’esprit de la compositrice transparaît dans le double sens de « nos dépôts rapportent des intérêts / et le fond du lac attend / le jour des comptes ».
L’avant-dernier morceau de l’album, Great and Noble Jars, met en lumière le talent de conteuse de Dunphy avec des paroles inspirées des inscriptions sur céramique d’un potier. Cette pièce, à la fois légère et enjouée, voit son tempo s’accélérer sous l’impulsion du jeu de la harpiste. Le saxophone, une fois encore, apporte une touche de gaieté, ajoutant des riffs joyeux aux voix de Chor Leoni. Le tempo ralentit vers la fin, le dernier vers faisant écho au premier, « Il s’appelait Dave ». Ainsi, la musique nous montre à quel point l’héritage peut résonner à travers le temps.
This Air | This Earth est une puissante exploration du souvenir, que ce soit par la poésie, l’environnement ou les objets matériels. Chor Leoni et les musiciens qui l’accompagnent se hissent parfaitement au niveau des récits musicaux grâce à leur énergie et leur maîtrise technique. Si certaines chansons ne m’ont pas particulièrement enthousiasmée lors de cette nouvelle écoute, l’ensemble de ces œuvres continue de fasciner par ses sonorités uniques et la profondeur pleine de lyrisme.
Traduction : Justin Bernard
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