Il y a parfois des musiciens ou des ensembles qu’on regrette de ne pas avoir connus plus tôt. Fondé en 2019, à l’abri de notre regard, le duo Ménestrel a multiplié ses apparitions au Canada et fait plusieurs concerts en France, déjà. Après les avoir entendus mardi 3 mars dernier, dans une 9e salle du Centre Eaton très bien remplie, on se dit que Janelle Lucyk et Kerry Bursey ont trouvé à la fois une formule et un ton qui peut les mener loin en carrière, notamment outre-Atlantique.
Ce « concert apéro », organisé sous l’égide de Mécénat Musica, aura permis aux musiciens de démontrer l’étendue de leur polyvalence, tantôt au chant, tantôt à l’instrument, tantôt à l’animation, avec toutefois des disparités entre l’un et l’autre. C’est là toute la difficulté d’un duo…
L’ensemble présentait un programme original, alternant entre chansons traditionnelles issues de divers répertoires (françaises, néo-françaises, écossaises, néo-écossaises) et chansons de la Renaissance (françaises, italiennes, anglaises).
De belles trouvailles, certainement, mais l’éclectisme musical comporte aussi des risques. On ne voudrait pas sonner trop folk quand on chante du Dowland, du Monteverdi ou du Frescobaldi et, inversement, trop classique quand vient le temps de La Claire Fontaine. S’approprier une chanson aussi importante que Fear a’ Bhàta dans la langue et la culture gaélique relève de l’audace, pour cet encore jeune duo. On a regretté ici des glissandos mal adaptés au style folklorique, ou encore des inflexions et des tics vocaux qui avaient plus en commun avec des chansons Rhythm and Blues d’aujourd’hui.
Dès Scarborough Fair, l’interprète nous a fait comprendre qu’on aurait droit essentiellement à du folk ou à du pop. Dans Se l’aura spira de Frescobaldi, on a senti une certaine confusion sur la nature même du répertoire. Nous étions censés être plongés dans la Renaissance italienne, mais cela ne s’est pas entendu sur le plan vocal. Coté instrumental, là encore, on était plus proche du folk que du « classique », autrement dit plus proche de la violoneuse que de la violoniste. Les sonorités de l’instrument lui-même paraissaient un peu ternes.
Les plus grandes qualités de Janelle Lucyk ont été de « jouer collectif », de se fondre très bien avec le jeu de son partenaire, créant ainsi une belle chimie sur scène, et miser, malgré des choix stylistiques discutables, sur le caractère cristallin, angélique, de sa voix.
Kerry Bursey, que l’on a d’abord entendu à l’archiluth, s’est avéré un chanteur de grand talent. Dans Ma Bergère est tendre et fidèle, le ténor s’est tout de suite montré extrêmement sensible, enrobant chaque ligne d’une belle douceur. Lui aussi avait là un ton de voix dénué de toute technique classique, mais il y avait dans son chant une simplicité qui convenait très bien aux pièces traditionnelles. Dans les trois pièces de Dowland, il a su parfaitement s’adapter au style vocal que ce répertoire exigeait.
En ce qui concerne l’animation aussi, il a assuré le spectacle. Ses anecdotes et ses traits d’humour ont eu beaucoup d’effet (dorénavant, on se souviendra de Dowland comme du premier artiste emo de l’histoire!). Seuls bémols à sa prestation, un arrangement très jazzé de La Claire Fontaine, avec une pluie d’accords de neuvième, et une conduite instrumentale dans Mille regretz de Josquin qui a frôlé l’accident. Malgré ce passage plus délicat, on a pu apprécier le sang-froid et la bonne gestion du musicien.
Le duo Ménestrel partagera son temps entre le Québec et l’ouest canadien pour le restant de la saison, à commencer par Sorel Tracy le 9 avril prochain. À noter que son premier album, Ménestrel, sort chez la compagnie Leaf music le 6 mars (https://leaf.music/music/lm305). Pour tous les détails, visitez le www.menestrel.net