Festival Classica 2026 : Une programmation dans le goût de notre époque

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Du 22 mai au 14 juin prochains, la 16e édition du Festival Classica, sous la direction artistique de Marc Boucher, continuera d’élargir son répertoire bien au-delà des frontières de la musique classique. La Scena Musicale a recueilli les propos de certains des principaux artistes de l’événement, parmi lesquels Simon Leclerc, auteur d’une nouvelle adaptation de la comédie musicale Notre-Dame de Paris (12 juin). Ce chef-d’œuvre de la comédie musicale francophone constitue, avec le spectacle Les Grands classiques de Michel Legrand (6 juin) et l’opéra L’hiver attend beaucoup de moi (14 juin), l’une des trois productions du Nouvel Opéra Métropolitain à l’affiche de 2026.

Notre-Dame de Paris

Simon Leclerc

Il y a 15 ans, Leclerc avait déjà composé pour l’Orchestre symphonique de Montréal une sélection d’arrangements de Starmania et de Notre-Dame de Paris, interprétés par des chanteurs d’opéra. « Avec cette nouvelle version, j’ai envie de donner à chaque personnage une tessiture propre, étirer le registre et donner du relief. Quand on appose des voix lyriques à ce type de répertoire, ça prend une autre dimension. Je ne dis pas que c’est meilleur ou moins bon, mais je trouvais intéressant, en tous cas, d’apporter un élément plus théâtral à travers mes différentes adaptations. »

Leclerc dirigera une ouverture inédite de son cru dans laquelle il a choisi d’introduire quatre thèmes phares de l’œuvre, un procédé que Bizet avait lui-même employé pour l’ouverture de Carmen. De plus, il trouvera en Rose Naggar-Tremblay la chanteuse idéale, capable de se hisser à la hauteur des enjeux vocaux et orchestraux de cette version, notamment de la chanson Vivre.

Rose Naggar-Tremblay

La mezzo-soprano québécoise, qui incarnera Esmeralda, se confie sur cette expérience : « Ce n’est plus une question de soprano, alto, ténor ou baryton. Simon s’est plutôt dit : “J’écris pour Rose, pour ses qualités vocales, alors je choisis de mettre tel ou tel élément de l’avant”. C’est un privilège d’avoir un compositeur qui a pris le temps d’écouter notre voix et de comprendre comment elle rayonne. On peut alors travailler au meilleur de nos compétences et offrir le meilleur de nous-mêmes. »

Pour rappel, l’interprète avait été la doublure de Marie-Nicole Lemieux l’an dernier dans Carmen, lors de la précédente édition du festival. Elle raconte : « Marc Boucher m’avait engagée pour chanter la générale. Il m’a donc entendue chanter Carmen, qui est évidemment la sœur spirituelle d’Esmeralda. L’idée que je fasse ce nouveau spectacle a en partie découlé de ce qui s’est passé l’an dernier. »

Portait du directeur artistique

Marc Boucher

Le principal intéressé précise à ce sujet : « Je suis Rose depuis plusieurs années. Je considère que c’est l’une de nos très grandes voix. Ce n’était pas une audition, c’était déjà clair à l’époque que c’est à elle que je demanderais de faire Esmeralda, mais tout de suite, elle m’est apparue comme une bohémienne, les deux personnages étant cousins. Emmanuel Hasler, qui jouait Don José, reviendra en Quasimodo. Je voulais qu’il n’y ait pas que des barytons dans cette comédie musicale et que Fleur-de-Lys, par exemple, soit une soprano aiguë (en l’occurrence, Natacha Demers). C’est ce qui nous a aussi permis de créer du relief. »

Boucher, qui s’apprête à fixer la programmation 2027 et prépare déjà l’édition 2028, réitère sa volonté de ne pas être attaché à une époque, à un style ou à une formation musicale en particulier.

« On peut tout aussi bien proposer du récital, du piano-voix, du symphonique, du baroque, du classique, du romantique que de la création. On a créé L’homme qui rit d’Airat Ichmouratov, on a commandé à Jaap Nico Hamburger un opéra sur la vie de Sarah Bernhardt. Un projet sera aussi bientôt annoncé avec la SMCQ. Après 16 ans, j’ose croire que tout cet éventail de chemins qu’on a pu emprunter au festival correspond aux goûts d’une vaste majorité de personnes,et pas seulement à mes goûts personnels. J’écoute de tout, du piano jazz, du rock indépendant, j’aime beaucoup Bon Iver (électro folk). Je n’ai plus d’états d’âme à programmer Notre-Dame de Paris ou Supertramp symphonique (11 juin) dans la mesure où toutes ces musiques ont un matériau de qualité à offrir et sont des vases communicants avec la musique classique. »

Il mentionne, en outre, un récital de trios de Schubert avec la violoniste Chloe Kim, le violoncelliste Cameron Crozman et la pianiste Meagan Milatz (10 juin), les Concertos brandebourgeois de J. S. Bach avec l’Ensemble Caprice (2 juin) ainsi que le début de l’intégrale des concertos pour piano de Beethoven avec l’ensemble Arion sur instruments d’époque et Élisabeth Pion sur un piano Broadwood de 1827 (31 mai).

Beethoven

Élisabeth Pion
Photo : Jeremy Fokkens

Lauréate toute récente du concours Honens, Pion partage son emploi du temps entre l’Amérique du Nord et l’Europe. Entre deux concerts, elle a pu faire un détour par Bonn, ville de naissance du compositeur, occasion rêvée de s’imprégner de l’esprit du maître et de sa musique.

« Beethoven exige de l’interprète des articulations extrêmement précises. C’est un élément d’autant plus important quand on joue sur un piano comme celui-ci, que j’ai eu le bonheur de découvrir lors des séances d’enregistrement d’Amadeus et l’Impératrice (2024) avec Arion. Quand je suis allée à la maison natale de Beethoven et que j’ai vu de près ses premières éditions, ses manuscrits, j’ai été particulièrement intéressée par certaines indications de pédales (dans ce cas-ci, la pédale douce, la sourdine, et la pédale forte). Les spécialistes n’arrivent pas à s’entendre sur le sens de ces indications. J’ai lu beaucoup d’articles sur le sujet et je suis moi-même en train d’expérimenter sur un aspect du jeu ouvert à une libre interprétation. »

La recherche est une partie intégrante de sa démarche artistique. Cette année, Mendelssohn sera au programme de plusieurs de ses concerts et une visite à Leipzig n’est pas exclue, estime-t-elle. Précédemment, en vue d’un concert avec l’Orchestre Métropolitain, Élisabeth Pion avait fait un séjour à Riga (Lettonie) afin de s’immerger pleinement dans l’univers de la compositrice Lūcija Garūta.

« C’est une façon de comprendre d’où ils ou elles viennent, quel est l’environnement qui les a vus émerger. Ça active mes connaissances globales de l’artiste, mais aussi mon imagination. Pouvoir me consacrer à un seul compositeur et faire une intégrale comme celle des concertos de Beethoven, c’est formidable. »

À propos des trois premières œuvres qu’elle interprétera, en attendant l’année prochaine pour la suite et fin de cette intégrale, Pion conclut : « Je pense que Beethoven lui-même était conscient qu’il n’était pas encore émancipé de ses modèles. Avant le troisième concerto, on entend Beethoven, mais son style est encore “infecté”. Ça reste un bon virus, car ce sont des modèles qu’il a voulu émuler. Ça lui a permis ultimement de trouver en quoi il voulait se démarquer de ces modèles qui représentaient en même temps des camisoles de force. Dans certains passages des deux premiers concertos, on entend cette friction-là, à l’image de la tension qui existait entre lui et son mentor, Haydn. Plus il avance, plus il assume la direction dans laquelle il veut aller. De ce point de vue, le troisième concerto est vraiment l’expression d’un compositeur qui parvient enfin à s’assumer. Beethoven est une personnalité tellement intéressante, parfois troublante dans son intensité, mais aussi profondément tendre. On réduit souvent beaucoup ce qu’il était, on réduit sa musique et on laisse cette tendresse de côté. Or, pour moi, son legato demeure inégalé. C’est un être créatif d’une grande complexité, et je peux dire qu’il me touche. »

Pour toute la programmation, visitez le www.festivalclassica.com

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A propos de l'auteur

Justin Bernard est détenteur d’un doctorat en musique de l’Université de Montréal. Ses recherches portent sur la vulgarisation musicale, notamment par le biais des nouveaux outils numériques, ainsi que sur la relation entre opéra et cinéma. En tant que membre de l’Observatoire interdisciplinaire de création et de recherche en musique (OICRM), il a réalisé une série de capsules vidéo éducatives pour l’Orchestre symphonique de Montréal. Justin Bernard est également l’auteur de notes de programme pour le compte de la salle Bourgie du Musée des Beaux-Arts de Montréal et du Festival de Lanaudière. Récemment, il a écrit les notices discographiques pour l'album "Paris Memories" du pianiste Alain Lefèvre (Warner Classics, 2023) et collaboré à la révision d'une édition critique sur l’œuvre du compositeur Camille Saint-Saëns (Bärenreiter, 2022). Ses autres contrats de recherche et de rédaction ont été signés avec des institutions de premier plan telles que l'Université de Montréal, l'Opéra de Montréal, le Domaine Forget et Orford Musique. Par ailleurs, il anime une émission d’opéra et une chronique musicale à Radio VM (91,3 FM).

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