Critique de Disque | Ménestrel, Janelle Lucyk, Kerry Bursey

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Ménestrel

Janelle Lucyk, soprano et violon; Kerry Bursey, ténor et archiluth

Leaf Music, 2025

Au terme de son concert, le 3 mars dernier à la salle du 9e du Centre Eaton, le duo Ménestrel a pu mettre en vente son tout premier album éponyme paru chez Leaf Music, donnant au public l’occasion de poursuivre l’expérience auditive et de découvrir d’autres pièces non incluses dans le programme de concert.

On est tout de suite accueillis par la douceur de la voix de Janelle Lucyk, oscillant entre un timbre charnu et plus léger, créant une impression de ligne aérienne, libre de toute pesanteur – ce qui, dans un contexte de musique folklorique, est une belle démonstration de virtuosité.

Après un autre morceau de même caractère, on passe à Sì dolce è’l tormento de Monteverdi, une interprétation que les deux musiciens avaient offerte en direct au public montréalais. Leur symbiose vocale, déjà évidente sur place, se voit ici renforcée, sublimée par l’enregistrement. Les nombreuses frictions nées de la superposition asymétrique entre les lignes conjointes ressortent particulièrement bien et donnent même le frisson.

Quant à la version d’À la claire fontaine, truffée d’accords à cinq notes, on peut mieux apprécier son approche intimiste sur disque qu’en concert. Cela dit, elle ajoute une complexité harmonique qui ne nous semble pas tout à fait nécessaire, car trop éloignée du caractère de la mélodie originale.

Si Janelle Lucyk amoindrit la qualité globale de l’album par le timbre dangereusement chancelant de son violon, qui frise la fausse note, et ce, à chacune de ses interventions, elle compense largement grâce à son chant d’une charmante pureté. De fait, l’interprétation de Nancy’s Courtship et de She’s Like the Swallow, toutes deux a cappella, sont parmi les moments forts de l’enregistrement. Dans Sweeter Than Roses de Purcell, la chanteuse s’avère aussi très touchante bien que l’exécution des mélismes ne soit pas articulée avec grand soin. En comparaison, Kerry Bursey se montre parfaitement polyvalent, autant dans l’élégance de sa voix de ténor que dans la richesse de son jeu d’archiluthiste.

Bref, un album qui fait du bien, certainement capable d’apaiser les désagréments du quotidien.

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A propos de l'auteur

Justin Bernard est détenteur d’un doctorat en musique de l’Université de Montréal. Ses recherches portent sur la vulgarisation musicale, notamment par le biais des nouveaux outils numériques, ainsi que sur la relation entre opéra et cinéma. En tant que membre de l’Observatoire interdisciplinaire de création et de recherche en musique (OICRM), il a réalisé une série de capsules vidéo éducatives pour l’Orchestre symphonique de Montréal. Justin Bernard est également l’auteur de notes de programme pour le compte de la salle Bourgie du Musée des Beaux-Arts de Montréal et du Festival de Lanaudière. Récemment, il a écrit les notices discographiques pour l'album "Paris Memories" du pianiste Alain Lefèvre (Warner Classics, 2023) et collaboré à la révision d'une édition critique sur l’œuvre du compositeur Camille Saint-Saëns (Bärenreiter, 2022). Ses autres contrats de recherche et de rédaction ont été signés avec des institutions de premier plan telles que l'Université de Montréal, l'Opéra de Montréal, le Domaine Forget et Orford Musique. Par ailleurs, il anime une émission d’opéra et une chronique musicale à Radio VM (91,3 FM).

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