This page is also available in / Cette page est également disponible en:
English (Anglais)
En 2022, Jordi Savall s’était déjà exprimé dans les colonnes de La Scena Musicale à propos d’une tournée nord-américaine qui l’avait mené à Ottawa d’abord, puis à Montréal avec son ensemble Hespèrion XXI. À l’époque, son répertoire gravitait autour de l’âge d’or de la musique de consort, une période qui s’étale du XVIe au XVIIe siècle.
Cette année marque le 85e anniversaire de cet illustre gambiste et chef d’orchestre, spécialiste de la musique ancienne et dénicheur de perles rares. Malgré son âge avancé, il démontre une passion toujours aussi vive pour la recherche et l’inconnu. De fait, Jordi Savall entraîne derrière lui non seulement ses ensembles, mais une équipe de chercheurs pour l’aider dans sa quête. « J’ai toujours eu cet intérêt. J’ai trouvé tant de belles musiques complètement oubliées. Cela m’a incité à abandonner le violoncelle pour me dédier à la viole de gambe et à son répertoire », disait-il lors de notre précédente entrevue.

Depuis plusieurs années maintenant, Jordi Savall développe une série de programmes au confluent de diverses traditions musicales avec notamment l’apport de musiques du Nouveau Monde – incluant celles de compositeurs blancs lors de voyages maritimes. Les contraintes de visas pour entrer sur le territoire américain se sont accrues depuis la seconde administration Trump, ce qui l’oblige malheureusement à revoir ses plans. Ainsi, Jordi Savall a choisi de revenir au répertoire européen du Moyen-Âge et du début de la Renaissance pour mieux guider le public vers des musiques issues aujourd’hui d’un patrimoine culturel mondial.
Le concert s’ouvre sur une pièce d’un dénommé Marcabru (1110-1150), « un des premiers troubadours, dont le chant incarne l’esprit des croisades, explique-t-il dans un communiqué. Cette spiritualité européenne évolue vers la polyphonie de Josquin des Prés, où l’appel à la paix (Dona Nobis Pacem) contraste avec le réalisme des “batailles” musicales de Mateo Flecha ou de Pierre Attaingnant, qui imitent les bruits de la guerre avec une grande richesse rythmique. »
Dans un deuxième temps, Jordi Sall jouera des œuvres certes écrites par des Blancs, mais qui, selon ses termes, « s’inspiraient des fêtes populaires et exprimaient l’identité des métis et des esclaves ». En effet, une large partie du programme sera consacrée à des musiques traditionnelles de divers peuples opprimés, y compris des spirituals et des prières séfarades.
Enfin, l’artiste et ses compatriotes catalans feront découvrir un autre pan méconnu du répertoire extraoccidental, mais néanmoins colonial, à savoir la musique folklorique péruvienne telle qu’elle nous est présentée dans un recueil appelé Codex Trujillo (fin du XVIIIe siècle).
À n’en pas douter, Jordi Savall offrira à la Maison symphonique de Montréal, le 18 avril prochain, un moment d’humanité et de fraternité qui correspond à ses valeurs profondes de musicien.
This page is also available in / Cette page est également disponible en:
English (Anglais)