Musique Et Musiciens: Un Lien Fort À Protéger

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Les musiciens ont un attachement émotionnel profond à la musique. Des preuves scientifiques ont montré qu’ils possèdent de nombreux avantages par rapport aux non-musiciens : meilleures capacités de motricité fine et de coordination, meilleure mémoire de travail auditive et d’audition spatiale, meilleur traitement des phonèmes et de la parole, meilleure discrimination entre les figures et le sol, meilleure discrimination de la hauteur et meilleure identification des émotions vocales, pour n’en citer que quelques-uns.

Les musiciens aiment suffisamment la musique pour en faire leur métier et ils passent de nombreuses heures par jour à écouter, répéter et jouer de la musique. Des recherches ont montré que les musiciens préfèrent écouter la musique à un niveau plus élevé en décibels que les non-musiciens. En général, que l’on soit musicien ou non, la musique préférée est écoutée à un niveau supérieur d’environ 10 dB à celui de la musique moins appréciée. Cela confirme l’observation selon laquelle lorsqu’une personne aime une musique, elle la perçoit comme plus calme que d’autres musiques non préférées et l’écoute donc à un volume plus élevé. Pensez à la différence lorsque vous entendez de la musique à la fête d’un voisin et l’écoute de la même musique lorsque vous n’êtes pas dans la même atmosphère.

Ces deux éléments – une longue exposition à la musique et un volume sonore élevé – exposent les musiciens à un risque accru de perte auditive, en particulier s’ils écoutent de la musique au-delà des niveaux sonores de sécurité  – 85 dB(A) pendant plus de huit heures par jour. De nombreuses études ont mis en évidence des problèmes d’audition chez les musiciens qui sont probablement liés à ces niveaux sonores élevés. Bien entendu, certains instruments sont plus à risque que d’autres. Cependant, les musiciens classiques, de rock, de pop et de jazz sont tous exposés au risque d’une perte auditive accrue dans les gammes de fréquences de 3000 à 8000 Hz, qui comprennent des fréquences importantes pour l’intelligibilité de la parole.

Outre la perte d’audition, l’exposition à la musique forte peut provoquer des acouphènes (bourdonnements d’oreilles), une hyperacousie (hypersensibilité au son) et une diplacousie (impossibilité d’entendre la même hauteur dans les deux oreilles). Les acouphènes et l’hyperacousie sont assez fréquents (jusqu’à 30 % chez les musiciens professionnels) et la diplacousie l’est moins (2 à 10 %), mais on dispose de moins de données sur cette affection en comparaison. Les symptômes peuvent également inclure des vertiges, des maux d’oreille et des maux de tête, dans une moindre mesure.

Quelles sont donc les solutions ? La réponse la plus simple est toujours de réduire le niveau sonore à la source, c’est-à-dire de produire moins de décibels. Cependant, cela n’est pas toujours possible, par exemple si vous jouez dans un orchestre ou un groupe de jazz/rock. Il n’est pas rare que ces types d’ensembles enregistrent des niveaux de crête (non continus) allant jusqu’à 140 dB. Les tentatives de réduction des niveaux sonores par des barrières physiques telles que des contremarches, des écrans ou l’augmentation de la distance entre les musiciens n’ont qu’un effet limité, voire nul. L’utilisation de bouchons d’oreille pour protéger les oreilles des musiciens semble donc inévitable. Heureusement, la technologie progresse et de plus en plus d’options existent pour les aider à conserver leurs excellentes oreilles et à nous faire profiter de nombreuses années de musique exceptionnelle.

Sylvie Hébert, Ph. D., est professeure et directrice du programme d’audiologie à l’Université de Montréal.

Traduction : Charles Angers

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