Critique de disque | Oiseaux de passage, Natalie Dessay et Philippe Cassard

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Oiseaux de passage

Natalie Dessay, soprano; Philippe Cassard, piano; André Previn, Stephen Sondheim, Gian Carlo Menotti, Samuel Barber, Ernest Chausson, Reynaldo Hahn, Maurice Ravel, Louis Beydts, Francis Poulenc, compositeurs

La Dolce Volta, 2025

Il y a vingt ans cette année, Natalie Dessay donnait à Montréal un grand récital avec orchestre, invitée par l’Opéra de Montréal dans le cadre de son concert-bénéfice annuel. La chanteuse, qui reprenait à peine ses activités après deux épisodes de problèmes vocaux, était attendue avec fébrilité.

On la connaissait par le disque, grâce à plusieurs enregistrements très convaincants, mais aussi par le DVD, notamment dans une version décapante d’Orphée aux enfers d’Offenbach, première mise en scène d’opéra pour Laurent Pelly, où Dessay interprétait une Eurydice pleine de mordant aux suraigus stupéfiants !

Sa prestation montréalaise du 10 mai 2005 est restée dans la mémoire des mélomanes d’ici, qui ont pu bientôt, grâce à l’apparition de YouTube, admirer toutes ses prises de rôles passées et présentes, Reine de la Nuit, Olympia des Contes d’Hoffmann, Lakmé, puis une inoubliable Marie de La fille du régiment, jusqu’aux plus difficiles Violetta de La traviata.

En 2013, la soprano annonce son désir de se retirer du monde de l’opéra pour explorer de nouveaux paysages musicaux… Et nous voici donc en 2025, alors que l’artiste célèbre son soixantième anniversaire de naissance, de nouveau surpris et captivés par ce récital qui mêle l’inventivité et la nostalgie.

Dans un programme plein d’inattendu et « d’in-entendu », Natalie Dessay donne à entendre un registre aigu facile et un timbre toujours immédiatement reconnaissable, encore plein de fraîcheur malgré quelques fêlures ici et là, et parfois des respirations plus fragiles (surtout pour qui se souvient du souffle inépuisable de ses grandes années).

Ce court programme débute avec des extraits d’opéras moins fréquentés, où elle règne encore en grande « diseuse », donnant à chaque mot, chaque syllabe, son juste poids et le maximum de sens. Puis vient une suite de mélodies consacrées à la gent ailée, dont Le colibri et Le rossignol, pièces souvent choisies par des étudiants en chant, que Dessay interprète avec une jeunesse éternelle.

Elle enchaîne avec Les oiseaux du paradis de Ravel, d’une simplicité proche de la chanson folklorique, et conclut avec La dame de Monte-Carlo, une mélodie de 7 minutes qui constitue une sorte d’opéra en miniature, au cours de laquelle Natalie Dessay montre toutes ses qualités actuelles, dramatiques et vocales.

Le titre du récital fait sans doute référence à la voix de soprano colorature si souvent comparée à celle d’un oiseau, mais peut-être aussi à nous mélomanes, qui revoyons toutes ces années de musique défiler devant nous, nous rappelant que nous sommes tous de passage…

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A propos de l'auteur

Passionné d’art lyrique depuis son adolescence, Pascal Blanchet est détenteur d'un doctorat en musicologie de l'Université de Montréal. Une version abrégée de sa thèse a été publiée en France chez Acte Sud (Hervé par lui-même. Écrits du père de l’opérette). Outre son activité de choriste professionnel, il est scénariste pour des émissions jeunesse à la télévision québécoise et pour des spectacles musicaux joués partout au Québec : Opéra-bonbon ou L’aventure gourmande d’Hansel et Gretel et Les origines du bing-bang avec Jeunesses musicales Canada, ainsi que Lionel et Mary avec les Productions Rigoletta.

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