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Alfred Brendel était si imposant dans la musique pour piano de Schubert que les autres pianistes se plaignent de ne pouvoir s’en abstraire. Brendel a enregistré pour la dernière fois du Schubert tardif il y a deux décennies et a fait des enregistrements historiques chez Philips il y a un demi-siècle, mais son ombre plane encore et aucun concurrent parmi les pianistes de notre époque ne l’a véritablement éclipsée dans le répertoire de Schubert.
Steven Osborne peut se targuer d’être le chef de file dans ce domaine. Écossais possédant une solide expérience de Beethoven, il dédaigne la neutralité émotionnelle de Brendel au début de l’avant-dernière sonate de Schubert et impose une interprétation convaincante d’une clarté affirmée. La virilité du premier mouvement est contrebalancée par la tendresse du deuxième, qui s’oriente audacieusement vers l’apitoiement avant de revenir à un pathos modéré. L’enjouement revient dans les dernières sections. Osborne ne laisse aucun doute sur le fait que, contrairement à de nombreuses spéculations académiques, il ne s’agit pas des réflexions d’un mourant. Au contraire, Schubert semble s’enfoncer dans le territoire de Beethoven, laissant les dernières sonates irrésolues et encore pleines d’ambition.
Dans les Moments musicaux, Osborne est légèrement moins cohérent. Le mordant viennois caractéristique de Brendel est beaucoup moins évident, du moins jusqu’au sixième Moment, où Osborne se tourne sensiblement vers l’intérieur et joue avec une profonde contemplation, comme s’il s’adressait à lui-même. On a l’impression d’être devant un artiste qui cherche des réponses personnelles dans un morceau de musique, ce qui est toujours une expérience auditive gratifiante. Osborne va au-delà des clichés et fait réfléchir l’auditeur.
Traduction : A. Venne
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