Compte-rendu | 29e édition des Prix Opus :  la gratitude des compositeurs envers les interprètes

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Plus les éditions du gala des Prix Opus passent, plus la formule s’affine et la présentation des lauréats gagne en fluidité. Le 8 février dernier, à la salle Bourgie du Musée des Beaux-Arts de Montréal, 33 lauréats se sont succédé à tour de rôle pour promouvoir le fruit de leur travail, qui leur a valu chacun un ou plusieurs prix.

La présence de Clemens Schuldt a été particulièrement remarquée. Le chef de l’Orchestre symphonique de Québec a repris la route de la Capitale Nationale avec les prix de Directeur artistique de l’année et de Concert de l’année, dans la catégorie « Répertoires multiples », pour Radulović et Schuldt vous font danser (7 mai 2025). 

Dans l’ensemble, la soirée célébrait des réalisations à la fois collectives, notamment avec la remise du prix de l’Interprète de l’année au Quatuor Quasar, et individuelles, comme en témoignent les présences sur scène de la violoncelliste Elinor Frey, pour son rayonnement hors Québec, et de la violoniste Marie Nadeau-Tremblay, pour son album Obsession. Cette dernière a renversé le public non seulement par une interprétation tout en relief de l’Amusement, op. 18, du compositeur baroque méconnu Louis-Gabriel Guillemain, mais par sa personnalité artistique au moment de répondre à l’animateur Jocelyn Lebeau. À chacune de ses interventions, depuis maintenant quelques éditions des prix Opus, on assiste à un show inattendu et presque grisant à l’intérieur du show bien rodé de 2 heures 30. 

Faits pas si anodins  

Une fois n’est pas coutume, le pianiste Charles-Richard Hamelin était à Montréal pour recevoir en mains propres un prix Opus, lui qui a dû plusieurs fois manquer la cérémonie en raison de ses tournées à l’extérieur du Québec. 

Lauréat du prix convoité de Compositeur de l’année, Maxime Goulet a profité de la tribune qui lui était offerte pour saluer le travail des interprètes et des ensembles qui commandent des œuvres à des compositeurs et soutiennent ainsi leur vocation première, qui est de créer de la nouvelle musique. 

Parlant du prix de la Création de l’année, Tim Brady a usé d’une expression anglaise, « Go big, or go home », pour parler de son projet « débile » – dans le bon sens du terme  – de réunir 205 musiciens sur scène. 

D’évidence, l’envergure des projets est un facteur dans l’obtention des prix, et nombreuses récompenses du Quatuor Molinari, adepte des intégrales de compositeurs contemporains, est là pour le prouver – deux autres prix, lors de cette édition, pour un total de 31. 

Le journaliste et homme de médias Alain Brunet, à qui l’on a décerné le prix Hommage annuel, s’est présenté devant l’auditoire comme un « passeur », rejetant le terme de « critique musical ». Parmi les sacrifices qu’il a dû faire au fil de sa vie, il a mentionné le fait d’avoir dû couvrir régulièrement des concerts du soir aux dépens du temps de qualité avec ses deux enfants, des relations de travail à La Presse émaillées de divergences de points de vue, et des situations de couple conflictuelles, estimant que ses exs ne lui auraient pas remis de Prix hommage pour l’ensemble de son œuvre. Un autoportrait sans langue de bois, dans le style de l’auteur. 

Aussi étonnant que cela puisse paraître, le Festival international Bach de Montréal, représenté pour l’occasion par sa fondatrice et directrice artistique Alexandra Scheibler, a remporté son tout premier prix Opus dans la catégorie Concert de l’année – Musiques médiévale, de la Renaissance, baroque, pour la Messe en si mineur de Bach, sous la direction de Leonardo García Alarcón. 

Cette année, la partie orchestrale de la cérémonie était assurée par l’ensemble Cordâme, incluant des instruments à cordes, la harpe d’Éveline Grégoire-Rousseau, les percussions d’Isaiah Ceccarelli et la voix de la mezzo-soprano Coral Egan. Les influences musicales sont pour ainsi dire éparpillés aux quatre vents, avec une prédominance de jazz et des incursions dans des répertoires variés allant de la tradition classique aux musiques du monde grâce aux arrangements du contrebassiste Jean Félix Mailloux. On a senti toutefois que la chanteuse n’adaptait pas complètement son instrument en fonction de l’un ou de l’autre, comme s’il s’agissait plutôt de donner une simple saveur occidentale, orientale, ou jazzée. Elle prêtait donc assez naturellement le flan aux accusations en appropriation culturelle, sans parler de la voix elle-même, peu audible et d’apparence lointaine malgré l’amplification sur scène. 

Au cours de la soirée, Simon Blanchet s’est joint au Directeur général CQM, Dominic Trudel, pour annoncer que le compositeur Alexandre David, en complément de son prix de Découverte de l’année, ferait partie de la programmation officielle de la Chapelle historique du Bon-Pasteur la saison prochaine, délocalisée depuis maintenant trois ans au Centre canadien d’architecture. L’occasion pour l’agent culturel, devant un parterre debout, de rendre hommage à son prédécesseur Guy Soucie, qui aurait tant souhaité revoir la Chapelle entièrement rénovée. La maladie aura finalement emporté Monsieur Soucie trop tôt. L’annonce de son décès a été faite le lendemain de la cérémonie (voir le communiqué ici)

À noter que la Maison de la culture Ahuntsic remporte le prix de Diffuseur pluridisciplinaire de l’année. Pour la liste de tous les lauréats, visitez le www.prixopus.com/laureats

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A propos de l'auteur

Justin Bernard est détenteur d’un doctorat en musique de l’Université de Montréal. Ses recherches portent sur la vulgarisation musicale, notamment par le biais des nouveaux outils numériques, ainsi que sur la relation entre opéra et cinéma. En tant que membre de l’Observatoire interdisciplinaire de création et de recherche en musique (OICRM), il a réalisé une série de capsules vidéo éducatives pour l’Orchestre symphonique de Montréal. Justin Bernard est également l’auteur de notes de programme pour le compte de la salle Bourgie du Musée des Beaux-Arts de Montréal et du Festival de Lanaudière. Récemment, il a écrit les notices discographiques pour l'album "Paris Memories" du pianiste Alain Lefèvre (Warner Classics, 2023) et collaboré à la révision d'une édition critique sur l’œuvre du compositeur Camille Saint-Saëns (Bärenreiter, 2022). Ses autres contrats de recherche et de rédaction ont été signés avec des institutions de premier plan telles que l'Université de Montréal, l'Opéra de Montréal, le Domaine Forget et Orford Musique. Par ailleurs, il anime une émission d’opéra et une chronique musicale à Radio VM (91,3 FM).

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