SMCQ : 60 ans de création

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La seconde partie de la saison anniversaire de la Société de musique contemporaine du Québec (SMCQ) s’annonce particulièrement dense : cinq concerts, huit créations et de multiples collaborations avec des orchestres, ensembles et solistes de premier plan. À l’occasion de cette 60e saison, la SMCQ réaffirme son rôle de pont entre les générations de compositeurs. Le directeur artistique Simon Bertrand, nominé aux Opus Awards 2026 dans la catégorie « Directeur artistique de l’année », présente un aperçu des concerts à venir.

> Le dialogue intergénérationnel est au cœur de cette seconde partie de saison. Comment t’est venue l’idée de ce thème pour le 60e anniversaire ?

Normalement, puisque c’était l’année du festival Montréal/Nouvelles Musiques (MNM) en 2024-2025, nous serions maintenant dans la Série hommage, vouée à un compositeur. Cependant, comme il s’agit de notre soixantième, nous avons décidé de rendre hommage aux créateurs de musique en général, d’hier à aujourd’hui.

Plutôt que de souligner un anniversaire de manière « classique », en se contentant de regarder le chemin parcouru et de faire une simple rétrospective, j’ai souhaité proposer un survol vivant de plusieurs générations de compositeurs et compositrices. Ce dialogue entre le passé, le présent et l’avenir permet à la fois d’entendre un large spectre de musiques contemporaines – des pionniers à la relève – mais aussi de faire émerger une synergie entre ces générations. Je voulais également brosser un portrait représentatif du milieu de la musique de création en donnant la parole à d’autres voix, d’où la présence de deux cartes blanches qui permettent de refléter des visions différentes de la mienne. Cette idée de dialogue est d’ailleurs bien représentée par le visuel de la saison, qui évoque un pont reliant des compositeurs de différentes générations.

François Leleux, chef, Jeux de couleurs
Photo : Jean-Baptiste Millot

> Comment restes-tu au contact des différents courants et compositeur·trices ?

J’essaie de rester connecté à la nouvelle génération et d’assister à autant de concerts que possible pour rester à l’affût des différents genres et esthétiques. Je travaille aussi avec des comités de sélection en perpétuel changement, que ce soit pour le festival Montréal/Nouvelles Musiques ou pour les appels de dossiers liés aux commandes. Ces comités m’aident à assurer une représentation équitable des styles qui coexistent aujourd’hui. C’est pour moi le devoir essentiel d’un directeur artistique : proposer une image fidèle du milieu. Celui-ci est plus diversifié que jamais; il existe aujourd’hui moins de courants esthétiques dominants qu’autrefois dans la musique contemporaine, ce qui rend nécessaire de faire entendre la multiplication des points de vue. Cependant, à cela s’ajoute aussi un devoir de mémoire, afin de maintenir un lien vivant entre les œuvres et les figures marquantes du passé et du présent.

> Le concert Fougue concertante ouvrira le bal le 30 janvier avec une soirée dédiée aux concertos contemporains. Parle-nous du programme.

Ce concert explore différentes manières de repenser la forme du concerto aujourd’hui. Les trois solistes sélectionnées à la suite d’un appel de dossiers ont proposé des œuvres concertantes aux esthétiques très contrastées. La percussionniste Catherine Cherrier interprétera une œuvre hautement virtuose et effervescente de Philippe Leroux, où un dialogue fascinant prend forme avec les autres instruments. Élise Poulin, pour sa part, nous fera découvrir une œuvre de Martín Matalon, Trame I, dans laquelle le timbre du hautbois est au cœur d’un dialogue plus lyrique avec l’ensemble. Enfin, la violoniste Bailey Wantuch présentera le concerto pour violon de Kaija Saariaho, une œuvre très colorée où tout semble naître de la sonorité du violon, de manière organique. L’ensemble du programme offre ainsi une vision éclatée et résolument contemporaine du concerto, très éloignée du modèle romantique traditionnel avec un soliste qui est une sorte de héros simplement accompagné de l’orchestre.

Nous avons également tenu à rendre hommage en début de programme à la compositrice Margareta Jerić, disparue en novembre dernier. L’œuvre présentée, qui aura été malheureusement sa dernière, a été commandée par la SMCQ et créée lors du dernier festival MNM. Elle constitue un vibrant hommage à sa Croatie natale. Le concert sera donc dédié à sa mémoire.

> Une Carte blanche à la relève suivra le 20 février avec cinq créations présentées par l’Ensemble Éclat. On laisse donc la place aux jeunes ?

Absolument. Nous avons confié cette carte blanche au très dynamique Ensemble Éclat et à son chef Charles-Éric Fontaine, à la suite d’une collaboration particulièrement réussie lors du dernier festival MNM. Il s’agit d’un projet qui incarne parfaitement l’énergie et l’audace de la jeune génération réunie ici : Geneviève Ackerman, Olivier St-Pierre, Lily Koslow, Louis-Michel Tougas et Jeffrey Fong. D’une part, la forme même du concert est renouvelée : au lieu d’une succession d’œuvres distinctes, le public entendra un flot musical ininterrompu, issu d’un processus collectif unique. D’autre part, il s’agit d’un projet transdisciplinaire où la musique dialogue avec la poésie et la lumière, dans une scénographie conçue par la compositrice Geneviève Ackerman, avec des textes originaux du poète Frédérik Dufour. En plus des musiciens de l’Ensemble Éclat, le projet met également en valeur des jeunes interprètes étroitement associés à la création contemporaine, notamment le Quatuor Mémoire ainsi que la soprano Élisabeth Boudreault, dont la présence contribue à élargir la palette expressive de cette soirée immersive.

Photo : Philippe Latour

> Parle-nous d’une des œuvres au programme du concert.

La SMCQ a commandé à Olivier St-Pierre un concerto pour quatuor à cordes et ensemble qui sera interprété par le Quatuor Mémoire, une nouvelle formation reconnue pour son engagement envers la création contemporaine. J’apprécie particulièrement la dramaturgie des œuvres de St-Pierre, dans lesquelles les lignes musicales se déploient de façon très lente et organique.

Le soutien à la relève est l’une de mes priorités et cette carte blanche en est une illustration éloquente : elle permet à de jeunes compositeurs et compositrices de développer en toute liberté des projets ambitieux, sur le plan tant musical que formel.

> Le concert Des classiques aux créations (le 21 mars) réunira des œuvres de Jacques Hétu et Claude Vivier aux côtés de créations d’Alexandre David et Maggie Ayotte. Peux-tu nous en dire plus ?

C’est un exemple emblématique du dialogue souhaité entre générations. Jacques Hétu et Claude Vivier sont deux figures majeures du patrimoine musical québécois.
Il est donc essentiel de continuer à faire vivre leurs œuvres, tout en leur faisant côtoyer
de nouvelles créations. Nous sommes très heureux de cette collaboration avec l’Orchestre de l’Agora et son chef invité Benoît Gauthier, qui nous permet de présenter des œuvres orchestrales québécoises de grande envergure. Le concert mettra en valeur des solistes de premier plan : Marina Thibeault, Thomas Beard et Noémie Caron-Marcotte, dont l’engagement envers la musique contemporaine est remarquable.

Marina Thibeault et l’Orchestre
Photo : Antoine Saito

> Qu’est-ce que le public va découvrir avec ces deux nouvelles créations ?

Au-delà du contraste générationnel, on assistera aussi à un grand écart esthétique au sein même des deux créations des compositeurs de la relève : le concerto pour piccolo de Maggie Ayotte se distingue par une écriture délicate assez épurée, mais très riche en couleurs, alors que la musique d’Alexandre David est plus dense, volontairement opaque, avec des strates sonores souvent complexes.

> Jeux de couleurs intégrera le Triple concerto de Jacques Hétu à un concert de l’Orchestre Métropolitain le 17 avril. Pourquoi cette œuvre mérite-t-elle d’être redécouverte ?

Nous sommes extrêmement heureux de renouveler notre collaboration avec l’Orchestre Métropolitain, avec qui la SMCQ a un lien historique. En effet, à une époque, l’ancien directeur artistique, Walter Boudreau, a dirigé plusieurs fois cet orchestre. Je tiens à les remercier d’avoir accepté de programmer ce triple concerto pour célébrer notre 60e. Jacques Hétu est un compositeur profondément ancré dans la modernité, nourri par des influences telles que Messiaen, Chostakovitch et Berg. Sa musique, remarquablement structurée et d’une grande qualité d’écriture, a toute sa place aux côtés des grands compositeurs du XXe siècle.

> Carte blanche à Cristian Gort clôturera la saison le 21 mai. Quels ont été les critères guidant ses choix ?

Cette carte blanche à Cristian Gort, chef attitré de l’Ensemble de la SMCQ, prolonge le fil conducteur de la saison en réunissant des œuvres de Nicolas Gilbert, Florence M. Tremblay, John Rea, Philippe Leroux et Frédéric Le Bel. La notion de transmission y est aussi très présente : certains enseignants y retrouvent leurs anciens élèves. La création d’une œuvre ambitieuse de Frédéric Le Bel, autre commande de la SMCQ, illustre une fois de plus la volonté de la SMCQ de passer des commandes significatives, afin d’enrichir durablement le répertoire.

> Ce dialogue, d’une manière générale, définit-il ton approche de la direction artistique ?

Oui, tout à fait. Aujourd’hui, la divergence des esthétiques est telle qu’il est crucial de leur offrir un terrain de jeu fertile où coexister. On l’a constaté lors du festival MNM 2025, où l’esthétique, autant que le public, pouvait changer radicalement d’un concert à l’autre. Notre rôle est donc de proposer une pluralité d’expériences fortes, tout en favorisant la rencontre entre les publics. Faire dialoguer des artistes aux esthétiques contrastées permet aussi de créer des ponts et d’encourager la curiosité et l’ouverture au sein de cette merveilleuse diversité.

Pour connaître toute la programmation à venir de la SMCQ, rendez-vous sur www.smcq.qc.ca.

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