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Lorsqu’on examine l’état actuel de l’opéra indépendant au Canada, une première observation pourrait être que la scène s’est réduite au cours des dernières années, en particulier à Toronto. Si l’on étend notre regard à l’ensemble du pays, l’histoire est différente. La scène de l’opéra indépendant n’a pas diminué, elle est simplement devenue moins concentrée dans les plus grandes villes du pays.
À la fin des années 2010, l’opéra indépendant à Toronto était à son apogée. Des compagnies comme Tapestry Opera, Against the Grain Theatre (AtG), MYOpera, FAWN, Loose Tea Music Theatre et Bicycle Opera produisaient régulièrement des œuvres novatrices pour un public local enthousiaste.
Elles se soutenaient mutuellement en s’impliquant sur les réseaux sociaux, en adoptant des clauses de non-concurrence pour la programmation et en organisant des repas communautaires pour permettre aux dirigeants de discuter et faire connaissance. Pourtant, alors que la pandémie s’éternisait, nombre de ces entreprises ont disparu.
Joel Ivany, cofondateur d’AtG, a pris la tête de l’Opéra d’Edmonton, laissant AtG en pleine mutation. Tapestry Opera, qui occupe la Distillerie depuis belle lurette, a reçu avec choc un avis d’expulsion et s’est retrouvé sans toit. D’autres compagnies ont cessé de produire en raison des mesures sanitaires et des réorientations professionnelles de leurs dirigeants, incapables de joindre les deux bouts dans la plus grande ville du Canada.

À Montréal, des compagnies comme Opera da Camera, Opéra Immédiat, Opéra dans le parc et le Théâtre d’Art Lyrique de Laval ont également prospéré à la fin des années 2010. Pourtant, ces quatre compagnies sont devenues muettes depuis la pandémie, citant comme causes de leur disparition la perte de revenus provenant de la vente de billets, le manque de soutien gouvernemental et les difficultés à négocier des accords favorables avec l’Union des artistes (UDA).
À l’instar des nombreux artistes qui ont quitté les scènes de plus en plus coûteuses de Toronto, Vancouver et Montréal, la scène lyrique canadienne, dévouée et dotée d’un petit budget, trouve aujourd’hui sa place dans des lieux dispersés à travers nos contrées.
L’un des centres les plus dynamiques pour l’opéra indépendant au Canada est aussi l’une des villes les plus riches sur le plan artistique, bien qu’elle soit souvent négligée : Winnipeg. La Little Opera Company of Winnipeg de Spencer Duncanson, qui en est à sa 30e année d’existence, produit des premières canadiennes d’opéras de chambre. La saison dernière, la compagnie a présenté la première canadienne de The Walk from the Garden de Jonathan Dove, une allégorie biblique du changement climatique en 12 scènes.
Le Flipside Opera de Lisa Rumpel et Judith Oatway présente des opéras dans des lieux tels que la Winnipeg Art Gallery et l’hôtel Fort Garry. Le Manitoba Underground Opera, fondé en 2008, présente chaque année trois productions dans des lieux inhabituels comme le parlement provincial. L’été dernier, le Good Mess Opera Theatre de Sawyer Craig et Glendowyn Yearwood a produit sa nouvelle commande, Monsters Made, à l’Université du Manitoba.

Les choses s’améliorent également à Calgary. Alors que le Cowtown Opera, pilier de la scène indépendante, semble avoir connu son ultime baisser de rideau en 2020, de nouvelles compagnies comme l’Ammolite Opera de Tayte Mitchell et Maria Fuller naissent de leurs cendres. L’été dernier, Ammolite a présenté la première canadienne de Proving Up de Missy Mazzoli et Royce Vavrek, qui a été acclamée par la critique.
Malgré la réputation de Vancouver de privilégier les sports de plein air au détriment des activités culturelles en salle, le City Opera Vancouver a trouvé un nouveau souffle sous la direction de Gordon Gerrard et de la compositrice Anna Pidgorna.
La saison 2024-2025 comprend la première canadienne de Sophie’s Forest de Lembit Beecher. Une autre compagnie, re:Naissance Opera, a récemment présenté en première son spectacle immersif Eurydice Fragments au 2024 IndieFest de Vancouver. En 2022, Sound the Alarm: Music/Theatre, Loose Tea Music Theatre, Array Music et Turning Point Ensemble ont uni leurs forces pour la première canadienne de l’opéra Angel’s Bone de Du Yun, lauréat du prix Pulitzer, à Vancouver, avant de le présenter de nouveau à Toronto en 2024.
Chants Libres et Musique 3 Femmes sont devenus des piliers pour faciliter la création de nouvelles œuvres. Cette saison, Musique 3 Femmes, fondé par Kristin Hoff, Suzanne Rigden et Jennifer Szeto en 2018, s’associe à l’Opéra de Montréal pour son Forum de création d’opéra, offrant des plateformes aux chanteurs, librettistes et chefs d’orchestre émergents.
Chants Libres, fondé en 1990, produit des saisons complètes de nouvelles œuvres, y compris un événement annuel Opér’Actuel: Works in Progress. Entre 2020 et 2024, les Mini-Opéras Santé et Mini-Concerts Santé de l’Ensemble Caprice ont offert 13 500 mini-concerts et opéras dans les rues de divers quartiers mal desservis de Montréal. En dehors de la métropole, ceux qui recherchent des œuvres plus traditionnelles peuvent s’adresser à des compagnies comme l’Opéra de Trois-Rivières, l’Opéra Bouffe du Québec, le Théâtre Lyrique de la Montérégie ou le tout nouvel Opéra du Royaume au Saguenay–Lac-Saint-Jean.

Même à Toronto, les choses reviennent lentement à la vie. AtG a récemment annoncé une nouvelle direction sous la houlette du librettiste canadien Royce Vavrek, lauréat du prix Pulitzer, et Tapestry Opera dispose d’une nouvelle salle de spectacle en plein centre-ville de Toronto.
Des compagnies comme le Southern Opera Lyric Theatre et le Toronto City Opera (TCO) s’affirment de plus en plus, avec des opportunités telles que la nouvelle Macina Competition du TCO pour les jeunes chanteurs. L’Opera in Concert de Guillermo Silva-Marin et le Toronto Operetta Theatre continuent de déterrer des joyaux du passé, Bicycle Opera a refait surface avec la sortie de son film primé Sweat, FAWN Chamber Works a récemment produit Cells of the Wind d’Anna Höstman et l’Opera Five de Rachel Krehm attend avec impatience le tout premier festival d’opéra de Toronto en juin de cette année.
Après une longue pause due à la pandémie, la scène de l’opéra indépendant au Canada est de nouveau en pleine effervescence. Espérons que l’élan se poursuive et que l’opéra demeure actuel, vivant et authentiquement canadien.
Traduction : Andréanne Venne
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