Vampyr écolo

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La chilienne Manuela Infante dénonce le néocolonialisme vert avec l’excellent Vampyr, un faux documentaire à la fois clownesque et terriblement sérieux. Maison Théâtre, jusqu’au 31 mai. www.fta.ca.Théâtre La Bordée, 3 – 4 juin carrefourtheatre.qc.ca

Oubliez Dracula, son magnétisme fatal et ses costumes chics. Les deux créatures imaginées par Manuela Infante ont les cheveux en bataille et l’allure piteuse. Elles s’expriment par borborygmes, sont agitées de tics et leur démarche oscille entre celle d’un zombie et d’un robot dont les piles sont à plat. Car dans Vampyr, la notion d’épuisement est centrale, qu’elle concerne la main-d’œuvre ou les ressources qu’on prétend indéfiniment renouvelables.

Le ton change après une introduction comique fort réussie durant laquelle les deux interprètes mettent en place le décor, principalement fait d’affiches où seront projetées différentes animations. Des fantômes, des morts vivants et des vampires rodent sur un site aménagé pour consolider une industrie énergétique destinée à l’exportation mondiale.

Les comédiens incarnent tour à tour des travailleurs, un chercheur, une polliticienne, des chauves-souris et des vampires.Photo Nicolas Calderon
Les comédiens incarnent tour à tour des travailleurs, un chercheur, une polliticienne, des chauves-souris et des vampires.Photo Nicolas Calderon

À ce climat inquiétant s’ajoutent plusieurs évènements, apparemment sans lien, dont la rumeur de la mort de centaines de petites chauves-souris qui ont pourtant l’air intactes. Des milliers en fait, puisqu’à chaque nuit, des travailleurs surnommés vampires en ramassent des sacs pleins. Pour vérifier si ce haut taux de mortalité est lié à la lucrative exploitation du parc éolien, une étude d’impact, un processus qui évalue habituellement les conséquences environnementales potentielles d’un projet afin d’en prévenir les impacts négatifs, est commandée.

La scène de la conférence de presse, qui voit une politicienne réduire au silence le chercheur mandaté pour cette étude, est une satire magistrale. Le scientifique muselé confie plus tard au public que les chauves-souris subissent un barotraumatisme à cause de l’importante pression provoquée par les éoliennes. Elles implosent dans une lente agonie, mortes vivantes. Et elles ne sont pas les seules à être affectées car en physique, au-delà d’une certaine pression, tout système change de comportement ou subit une transformation.

Le jeu des comédien est exagéré et très physique. Le public adore. Photo Nicolas Calderon
Le jeu des comédien est exagéré et très physique. Le public adore. Photo Nicolas Calderon

C’est le point de bascule du spectacle, qui révèle toute sa cohérence. Riche en images, le travail Manuela Infante démontre comment l’humain et le végétal sont indissociables au sein d’un territoire, interdépendants au cœur d’un écosystème complexe. La metteure en scène use d’humour noir pour que le contenu didactique soit digeste, ce conte écolo-gothique s’inspirant d’une situation réelle (costumes Elizabeth Pérez).

Il faut saluer le travail des comédiens David Gaete et Marcela Salinas, qui livrent une performance enlevante. Mention spéciale à conception sonore (Manuela Infante) et à la sonorisation inventive (Víctor Muñoz). Le bref tableau de lumière (Rocio Hernández) qui évoque les turbines installées à proximité des terres alors que les habitants n’ont pas d’électricité est une excellente idée et Vampyr en regorge. Un spectacle pour adultes à voir avec vos ados.

Pour découvrir l’univers de la dramaturge et metteure en scène, consultez son site. Plusieurs captations de ses œuvres y sont disponibles, dont celle de Vampyr.

En espagnol avec surtitres français et anglais.

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