La jeune fille suppliciée sur une étagère : poésie macabre

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La jeune fille suppliciée sur une étagère, la dernière pièce de Cédric Delorme-Bouchard est lugubre mais très réussie et Larissa Corriveau, sa muse, y est admirable. Au Prospero, 18 nov. – 10 déc. 2025. www.prospero.org. À Ottawa : Théâtre du Trillium, 9-11 avril 2026 www.nouvellescene.com. À Rimouski, Théâtre du Bic, 29 avr. 2026

Mieko est issue d’une famille indigente. Faute de soins, elle meurt des suites d’une pneumonie, à l’âge de seize ans. Décédée mais encore lucide, elle voit deux employés de laboratoire offrir de l’argent à ses parents pour son cadavre. Elle détaille ensuite avec une précision chirurgicale chacune des interventions que son corps subit, au nom de la science. Soyez prévenus, car la pièce est une expérience totale et quasi sensorielle.

Écrit du point de vue de la jeune défunte qui dansait nue pour pouvoir subsister, baigné d’un transréalisme qui efface les frontières entre le réel et la fiction, le récit de l’auteur japonais Akira Yoshimura (1959) illustre l’iniquité sociale devant la mort et l’objectification du corps des femmes par-delà le trépas. Evelyne de la Chenelière signe pour la scène une excellente adaptation de cette sombre nouvelle, révélatrice du style d’Yoshimura et de la société nippone de la fin des années 1950.

Larissa Corriveau personnifie la jeune femme suppliciée. Crédit photo Marlène Gélineau Payette
Larissa Corriveau personnifie la jeune femme suppliciée. Crédit photo Marlène Gélineau Payette

Une consultante culturelle (Aki Matsushita) a rejoint l’équipe pour que l’univers de la pièce soit cohérent avec la réalité de cette époque révolue. La notion d’une transition post-mortem, d’existence intermédiaire entre la mort et la vie suivante est centrale dans le bouddhisme japonais. Pendant cette période, les proches font des prières et des offrandes pour empêcher l’esprit qui voyage de se transformer en fantôme affamé. Le texte repose donc sur des croyances ancestrales.

Larissa Corriveau est debout, sur une petite estrade noire posée au milieu de la scène, entourée de noren assortis – ces rideaux en tissu traditionnels japonais, suspendus dans les encadrements de portes ou de fenêtres. Son visage émerge d’un remarquable costume de lutrex rose plissé qui évoque les chairs à vif et des bulles de putréfaction (Marie-Audrey Jacques). Le costume évolue d’ailleurs au fil de la pièce et des étapes traversées par le cadavre de la jeune fille.

Cédric Delorme-Bouchard signe l’idéation, la scénographie, la lumière et la mise en scène du spectacle. Avec La jeune fille suppliciée sur une étagère, le créateur repousse les limites de ses expérimentations théâtrales. Au noyau de sa compagnie de création Chambre noire, il ajoute des collaborateur.rice.s qui ont imaginé et conçu les outils scéniques spécifiques à cette coproduction Prospéro -Théâtre du Trillium. Et le résultat est plus que convaincant. La jeune fille suppliciée sur une étagère touche à la perfection.

Avec Larissa Corriveau et Jennyfer Desbiens.

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