La lettre ouverte du CQM : L’enseignement de la musique dans les écoles

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La musique est au cœur de notre culture et joue un rôle essentiel dans le développement des enfants. De nombreuses études confirment le bienfait de l’apprentissage de la musique pour le développement de l’enfant et des bienfaits psychosociaux qui en découlent tels que la socialisation, l’empathie, la concentration et la persévérance.

Pourtant, son enseignement dans les écoles primaires et secondaires du Québec traverse une période critique. Depuis plusieurs années, le milieu musical professionnel observe une fragilisation inquiétante de l’éducation musicale et déplore que cette dernière soit si peu valorisée, suivie et documentée.

Plusieurs annonces au printemps dernier témoignent du déclin de l’enseignement musical, notamment avec le recul du programme musique-étude de l’école La Camaradière de Québec ou l’abandon de celui de l’école du Plateau à La Malbaie, ou encore la relocalisation de l’école Face et ses conséquences appréhendées. Cependant, nombre de décisions plus discrètes se prennent régulièrement dans les écoles qui, aux prises avec des défis budgétaires, le manque d’enseignants qualifiés ou d’espaces adéquats, choisissent de délaisser l’enseignement de la musique.

Or, s’il est possible de dresser un état de situation des programmes musique-étude à partir des données colligées par le ministère de l’Éducation, aucune donnée ne permet d’analyser l’état de l’enseignement de la musique dans les programmes réguliers au primaire et au secondaire. Matière obligatoire entre 1937 et 1980, la musique a perdu son statut particulier pour être intégrée au programme de formation de l’école québécoise aux côtés des arts plastiques, de l’art dramatique et de la danse. Si l’enseignement des arts demeure obligatoire, le choix de la discipline artistique enseignée est laissé à la discrétion de l’école.

Ainsi, ce choix étant considéré comme un choix éducatif local, le ministère de l’Éducation ne collige aucune donnée quant aux disciplines enseignées, au nombre de classes ou d’élèves en ayant bénéficié, pas plus que les conditions dans lesquelles cet enseignement est prodigué. Par le passé, des chercheurs universitaires ont tenté d’obtenir des données sur l’enseignement de la musique en communiquant directement avec les centres de services scolaires, sans grand succès.

Pendant ce temps, les témoignages des enseignants spécialisés se multiplient : nombre d’heures d’enseignement insuffisant, locaux et équipements inadéquats, incertitude quant au maintien des cours d’une année à l’autre. De plus en plus souvent, l’enseignement de la musique disparaît complètement.

Devant l’absence d’une évaluation documentée de la situation de l’enseignement de la musique au cours des 45 dernières années et la difficulté d’accéder à des données probantes pour faire état de la situation actuelle, il nous apparaît impératif que le ministère de l’Éducation fasse un bilan de l’éducation des arts à l’école et mette en place un mécanisme de collecte de données afin d’être en mesure de suivre l’évolution de la situation réelle de l’enseignement de la musique dans les écoles primaires et secondaires du Québec.

Ainsi, en toute connaissance de cause, dans un monde où il faut préserver l’identité québécoise, que l’intelligence artificielle menace la création et que l’hégémonie de la musique américaine plombe les plateformes musicales, nous pourrons, ensemble, travailler à une éducation musicale de qualité pour notre relève musicale et les publics de demain.

* Ont aussi cosigné cette lettre : Mélanie La Couture, cheffe de la direction de l’Orchestre symphonique de Montréal ; Astrid Chouinard, directrice générale de l’Orchestre symphonique de Québec ; Fabienne Voisin, directrice générale de l’Orchestre Métropolitain ; Marie-Michelle Raby, directrice générale de l’Orchestre symphonique de Drummondville ; Esther Labrie, directrice générale de l’Orchestre symphonique régionale de l’Abitibi-Témiscamingue ; Stéphanie Girard, directrice générale de l’Orchestre symphonique du Saguenay-Lac-Saint-Jean ; Julie Brosseau, directrice générale de l’Orchestre symphonique de Trois-Rivières ; Guy Bernard, Guilde des musiciens et musiciennes du Québec ; Sean Ferguson, doyen de l’École de musique Schulich de l’Université McGill ; Isabelle Héroux, professeure titulaire à l’UQAM et membre du Regroupement interuniversitaire de recherche et création·musiques et sociétés (RCMS).

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