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Le 15 novembre, la Maison symphonique faisait salle comble pour la finale du Concours OSM 2025, et il y avait dans l’air un caractère spécial. En cette journée internationale de la philanthropie, les Montréalais étaient invités à un concert gratuit de leur propre orchestre symphonique, sous la direction de Jacques Lacombe. Ce geste était parfaitement en accord avec l’esprit de la soirée. Il mettait en lumière la nouvelle génération de chanteurs canadiens et rappelait que le Concours OSM est aussi un cadeau offert au public.
Cette 86e édition, dédiée à la voix, s’est déroulée sur plusieurs jours, des épreuves préliminaires vidéo à une importante série de récitals en demi-finale, jusqu’à la finale avec l’OSM. Le règlement exigeait un répertoire vaste et varié. Les chanteurs devaient interpréter une œuvre de Bach ou de Haendel, une mélodie française ou un lied allemand, une œuvre romantique ou post-romantique et une pièce canadienne composée après 1990. Concrètement, cela signifiait qu’au moment d’atteindre la finale, les trois finalistes s’étaient imprégnés de plusieurs heures de musique.

Photo: Gabriel Fournier
Le concours a également plongé les chanteurs dans un contexte professionnel et exigeant. Un jury préliminaire, composé notamment de Tracy Smith Bessette, Olivier Godin, Darryl Edwards, Chantal Lambert et Jessica Muirhead, a sélectionné dix demi-finalistes. Le jury international des épreuves en direct réunissait Evans Mirageas, Véronique Gens, Ben Heppner, Rosemary Joshua et Jacques Lacombe.
Plusieurs chanteurs ont confié combien il était rare de se sentir aussi bien entourés dans un concours de ce niveau. La mezzo-soprano Justine Ledoux, demi-finaliste, a résumé ce sentiment général en se souvenant de son entrée en scène, de la vue du jury assis en hauteur et de ses sourires. « C’est très rare dans un concours », a-t-elle déclaré. « J’ai interprété un répertoire que j’adore et j’ai eu le sentiment de bien me représenter. »
Dans ce contexte, trois finalistes aux profils artistiques distincts se sont distingués.
Gabrielle Turgeon (soprano)

Photo: Gabriel Fournier
Le premier prix et le prix Barbara Bronfman ont été décernés à Gabrielle Turgeon, soprano de 24 ans originaire du Québec, dont la carrière prend déjà forme sur les scènes nord-américaines. En février 2026, elle retournera à l’Opéra de Los Angeles pour sa deuxième saison en tant que jeune artiste Domingo Colburn Stein, où elle interprétera la Fille d’Akhenaton dans Akhenaton de Philip Glass et la Première Dame dans La Flûte enchantée sous la direction de James Condon. Elle a déjà remporté des prix au Concours Eleanor McCollum du Houston Grand Opera, au Concours du district du Michigan du Met et un Prix d’encouragement au niveau régional des Grands Lacs.
En finale, Turgeon a interprété l’Exsultate jubilate de Mozart, « O quante volte » extrait de I Capuleti e i Montecchi de Bellini, Heimliche Aufforderung et Morgen de Strauss, avant de conclure avec « Ah je veux vivre » tiré de Roméo et Juliette de Gounod. Les premières notes ont fait parler la qualité exceptionnelle de son instrument. Il s’agit d’une voix lyrique ample, déjà empreinte de l’assurance d’une professionnelle chevronnée, avec un clair-obscur naturel et une aisance dans les aigus qui lui permet de s’épanouir sans effort. Son timbre généreux, rond et lumineux, a remplit la Maison symphonique sans la moindre tension apparente. La présence scénique Mme Turgeon avait aussi quelque chose de viscérale. Elle a en effet montré de l’engagement physique et émotionnel tout en conservant une maîtrise vocale irréprochable.
Interrogée sur ses impressions après l’annonce des résultats, Turgeon a confié : « Je suis encore en train de me rendre compte, en train d’absorber l’expérience unique que c’est de chanter sur cette magnifique scène, avec cet orchestre exceptionnel. C’était une expérience hors du commun. Et bien sûr, la cerise sur le gâteau, c’est d’avoir remporté le concours. Je n’ai pas les mots en ce moment, mais je suis extrêmement reconnaissante à l’OSM de m’avoir offert cette opportunité. »
Elle a également souligné l’étendue du répertoire exigé de chaque chanteur.
« Dans le monde de l’opéra, on a souvent l’habitude de concourir avec quatre ou cinq airs d’opéra. C’est le répertoire standard », explique Turgeon. « Ce concours nous a obligés à préparer un vaste répertoire, beaucoup de mélodies, d’oratorios. Il y avait une exigence en français, une exigence en musique canadienne, et je trouve ça vraiment formidable, car pour être un artiste complet, il faut être capable de tout faire. »
Son premier prix s’accompagne d’une dotation de 20 000 $, d’une invitation à se produire avec l’OSM lors d’une prochaine saison, d’une résidence à la Chapelle Musicale Reine Élisabeth et d’une résidence à Orford Musique afin de développer un projet communautaire, ainsi que de la bourse Ann Birks Career Grant, partagée entre les trois lauréates. On a l’impression que cette somme sera bien mise à profit!
Bridget Esler (soprano)

Photo: Gabriel Fournier
Le deuxième prix a été décerné à la soprano Bridget Esler, originaire de Vancouver, dont la prestation en finale a révélé un profil différent, mais tout aussi captivant. Elle a choisi l’« Alleluia » d’Exsultate jubilate de Mozart, « Credete al mio dolore » d’Alcina de Haendel, deux mouvements des Illuminations de Britten et les adieux d’Ophélie dans Hamlet de Thomas.
Dès les premières notes, il était évident que l’artiste faisait preuve d’une grande intelligence musicale et d’une maîtrise technique remarquable. Esler possède une voix lyrique légère qu’elle traite avec respect. Elle ne cherche pas à amplifier le son au-delà de sa puissance naturelle, mais privilégie la couleur et le phrasé. Le répertoire baroque, en particulier, semblait parfaitement lui convenir. L’aria de Haendel a permis de faire briller la clarté et l’agilité de son interprétation, et de déployer une riche palette sonore baroque, notamment par l’utilisation de la voix blanche et des notes sans vibrato. Son duo avec le violoncelle solo dans cette même aria a constitué l’un des moments les plus intimes de la soirée.
« Ce duo avec Brian [Manker], le violoncelliste, a été un moment vraiment exceptionnel du programme. Il a mis en lumière l’excellence des musiciens de l’OSM et celle du maestro. La salle est si somptueuse et accueillante. Ce fut un véritable plaisir d’être si bien prise en charge par l’administration du concours et par le jury, si aimable. »
L’agenda d’Esler confirme qu’il ne s’agit pas d’un simple talent émergent. Le public montréalais pourra l’entendre très prochainement dans Jenůfa de Janáček à l’Opéra de Montréal en novembre. Elle chantera également lors d’une série de concerts de Noël avec l’Orchestre symphonique de Vancouver en décembre.
Korin Thomas-Smith (baryton)

Photo: Gabriel Fournier
Le troisième prix a été décerné au baryton Korin Thomas-Smith, dont le programme comprenait des airs tels que « Quia fecit » du Magnificat de Bach, « Vision fugitive » d’Hérodiade de Massenet, les deux grands airs des Noces de Figaro et le morceau de bravoure « Come un’ape » de La Cenerentola de Rossini. Parmi toutes les voix en compétition, le baryton s’est illustré par son étendue vocale, sa flexibilité et une approche particulière des aigus.
Thomas-Smith est très réfléchi quant à sa technique. Je lui ai fait remarquer qu’il est l’un des rares barytons que j’ai entendus récemment à conserver un registre aigu ouvert, dans ce que la tradition italienne appelle « aperto ma coperto » (ouvert mais couvert), cet équilibre subtil où la voyelle reste relativement ouverte tandis que le larynx s’incline et que le son est suffisamment raffiné pour conserver son élégance dans une grande salle.
« Je crois que j’en suis conscient, que je laisse ma voix beaucoup plus ouverte que la plupart des barytons », dit-il. « Avant, je considérais le saut comme quelque chose de beaucoup plus radical. J’ai expérimenté en utilisant un engagement un peu moins marqué, avec cependant des résultats mitigés. Je continue à peaufiner ma technique, mais le chant est un instrument d’expérimentation et de progression constantes. »
Le résultat, du moins ce soir-là, était convaincant. Dans « Vision fugitive » en particulier, la ligne mélodique est restée homogène du grave à l’aigu, les notes aiguës étaient amples et résonnantes sans lourdeur, et le phrasé était constamment legato. Il vient tout juste de sortir du milieu des jeunes artistes, après avoir terminé son passage à l’Ensemble Studio de la Compagnie d’opéra canadienne, et entame sa carrière d’artiste indépendant. « J’ai passé un excellent moment », a-t-il déclaré à propos du concours. « J’ai eu le sentiment de pouvoir m’exprimer pleinement. Je suis fier de ma prestation et très touché d’avoir partagé la scène avec des chanteurs aussi talentueux et d’avoir été entouré de collègues et d’amis de longue date. Je suis vraiment reconnaissant à l’OSM pour cette opportunité. »
Après Montréal, Thomas-Smith se rendra au Concours Rumbolt à Edmonton, puis fera ses débuts dans Le Petit Prince à Dallas, marquant le début d’un parcours prometteur.
Autres lauréats à suivre
La liste des prix de cette édition est longue, et plusieurs chanteurs, bien que n’ayant pas atteint la finale, ont fait forte impression.
Le contre-ténor Ian Sabourin, premier chanteur de sa tessiture à participer au Concours OSM, a remporté le prix du public Stingray Rising Stars ainsi qu’une bourse d’études musicales Orford. Pour lui, cette semaine a été autant une question de processus que de résultat. « Globalement, je suis impressionné par la qualité », a-t-il déclaré. « C’est un honneur de participer à un événement d’une telle qualité, car il met tout en valeur. Il valorise l’art, les chanteurs et le jury. Pour moi, ce concours a été l’occasion de me préparer comme jamais auparavant. L’administration a veillé à ce que nous ayons des répétitions individuelles avec les coachs. Je sais maintenant ce qu’il faut pour se préparer à un concours national et c’est une méthode que je continuerai d’utiliser et de perfectionner. »
Sabourin a également soigneusement cultivé sa présence en ligne et sait clairement quelle sera la prochaine étape pour lui. « Je veux absolument aller en Europe. En tant que contre-ténor, il n’y a pas encore assez de travail ici. Je pense qu’en allant en Europe, je pourrai vraiment construire quelque chose et ramener cette expérience dans mes bagages. Je tiens à remercier tous ceux qui ont voté pour moi ! »
Le baryton Jamal Al Titi a reçu le Prix du Jeune Public, une nouvelle récompense créée en collaboration avec les programmes jeunesse de l’OSM. Pour lui, cette semaine a surtout été l’occasion de boucler la boucle avec des collègues de ses années d’études. « Tous les participants au concours sont mes amis », a-t-il déclaré. « Nous avons commencé à peu près dans la même université, le même studio. C’était un moment merveilleux pour nous de nous retrouver, de nous remémorer le bon vieux temps et de constater comment chacun a évolué artistiquement et vocalement. Le simple fait de participer à ce concours, même en tant que demi-finaliste, nous conforte dans notre travail et notre façon de l’exercer. » Il a comparé le travail de développement vocal à l’entraînement en salle de sport. « Parfois, on a l’impression qu’il n’y a aucun résultat, mais il y en a. Quand on regarde en arrière après des années de travail acharné, on réalise que, comparé à ce qu’on était avant, on est non seulement un autre chanteur, mais même une autre personne. C’est une transformation merveilleuse. »
Le ténor Angelo Moretti a reçu le prix de la meilleure interprétation d’une œuvre canadienne pour son interprétation de chansons de Matthew Emery. Pour lui, le choix du répertoire et le moment de la prestation étaient intimement liés. « J’ai chanté Sweet Bide With Me et Requiescat », se souvient-il. « J’ai entendu ces chansons pour la première fois à l’Université de Toronto et j’en suis tombé amoureux. Elles sont très émouvantes et elles en disent long sur la condition humaine. Ma demi-finale avait lieu le jour du Souvenir et Requiescat parle d’un être cher enterré sous la neige. Il neigeait ce jour-là aussi, et dès que le piano a commencé à jouer, j’ai été submergé par l’émotion. Je suis très honoré d’avoir remporté ce prix car ces pièces avaient une signification particulière pour moi. »
La soprano Natasha Henry, lauréate des prix d’Orford Musique et du Domaine Forget ainsi que de la bourse générale des demi-finalistes, a souligné la qualité de l’accueil. « Ce fut une expérience extraordinaire du début à la fin », a-t-elle déclaré. « L’OSM nous a très bien accueillis et accompagnés. Le niveau des autres chanteurs était très élevé et c’était un véritable défi de me mesurer à eux. » Natasha Henry s’apprêtait à partir pour Berlin pour une tournée d’auditions.
Le prix de l’Académie Francis Poulenc, fruit d’une nouvelle collaboration avec le programme de formation estivale de Tours, en France, a été décerné à la mezzo-soprano Justine Ledoux pour son interprétation de Debussy. Elle y passera deux semaines en août prochain, travaillant avec le baryton François Leroux et le pianiste Olivier Godin. « Je crois que mon morceau préféré lors des demi-finales était la Chanson de Bilitis de Debussy », a-t-elle confié. « C’était un moment très intime de mon programme, et être reconnue pour cela, recevoir le prix pour cette interprétation, m’a vraiment touchée. » Ledoux interprétera Pastuchina dans la prochaine production de Jenůfa à l’Opéra de Montréal.
La mezzo-soprano Daria Tereshchenko, lauréate d’une bourse Domaine Forget et actuellement en dernière année de maîtrise à la Mannes School of Music de New York, a évoqué la joie de chanter un long récital de mélodies dans le cadre d’un concours. « Cela nous donne vraiment l’occasion de montrer qui nous sommes et de présenter un répertoire varié », a-t-elle déclaré. « C’était comme une fête. J’ai particulièrement aimé pouvoir chanter des mélodies. Après avoir préparé des programmes d’arias pour les auditions, pouvoir chanter un cycle et revenir à la simplicité et à la vulnérabilité, c’est ce que la chanson révèle chez les gens. » Étant la plus jeune concurrente, Tereshchenko a décrit comme un aboutissement de se retrouver aux côtés de chanteuses qu’elle admirait lorsqu’elle était étudiante à Toronto.
Enfin, la mezzo-soprano Alex Hetherington, récemment diplômée de l’Ensemble Studio de la COC et qui continue de s’y produire comme soliste, a souligné la pertinence de l’organisation du concours. « Les organisateurs ont été d’une grande gentillesse », a-t-elle déclaré. « Tout est vraiment bien organisé et ils ont pensé à tout pour que nous nous sentions en confiance et heureux. » Son programme des prochains mois comprend le Festival de musique de chambre d’Ottawa, sa première participation à Così fan tutte à Vancouver et le Requiem de Mozart avec Les Violons du Roy à la Maison symphonique.
RÉSUMÉ DES PRIX
Premier prix — 20 000 $ : Gabrielle Turgeon (soprano)
Offert en mémoire de Barbara Bronfman.
Comprend des engagements avec l’OSM (offerts par Canimex), une résidence à Orford Musique, une résidence à la Chapelle Musicale Reine Élisabeth et le soutien de la Bourse de carrière Ann Birks.
Deuxième prix — 12 000 $ : Bridget Esler (soprano)
Offert en collaboration avec le Fonds Marjorie et Gerald Bronfman et la Succession Lambert-Fortier-Gagnon.
Troisième prix — 7 000 $ : Korin Thomas-Smith (baryton)
Offert par le Fonds Paul-A. Fournier.
Prix du public (Stingray Rising Stars) — 2 500 $ : Ian Sabourin (contre-ténor)
Offert par Stingray.
Prix Jeune Public — 2 500 $ : Jamal Al Titi (baryton)
Offert par Les Amis de l’Art.
Meilleure interprétation d’une œuvre canadienne — 3 500 $ : Angelo Moretti (ténor)
Offert par l’Association des bénévoles de l’OSM.
Programmes de bourses :
- Bourse Orford Musique
Lauréats : Ian Sabourin (contre-ténor) et Natasha Henry (soprano)
- Bourse Domaine Forget
Lauréates : Natasha Henry (soprano) et Daria Tereshchenko (mezzo-soprano)
- Prix de l’Académie Francis Poulenc (résidence à Tours)
Lauréate : Justine Ledoux (mezzo-soprano)
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